Compte-rendu de L'Ósanwe-kenta


           J.R.R. TOLKIEN, « Ósanwe-kenta : ‘enquiry into the Communication of Thought », in Vinyar Tengwar n°39, juillet 1998, pp. 23-32 : texte inédit présenté et annoté par Carl F. Hostetter.

          L’ÓSANWE-KENTA est un texte concernant, comme sa traduction (et autre titre) l’indique, la transmission de pensée. D’un point de vue interne aux légendes, il s’agirait d’un résumé d’un texte homonyme rédigé par Pengolodh. Ce texte de Pengolodh prenait place à la fin du Lhammas (mais dans un autre état que celui publié en Home V). Le résumé appartient aux appendices de Quendi and Eldar. Voici, en quelque sorte, le résumé du résumé.

          Le texte distingue les relations des âmes d’Arda non corrompue et d’Arda corrompue. Sans le travail de Melkor, toutes les âmes seraient ouvertes les unes aux autres. Il est donc naturel aux âmes de s’entr’apercevoir. Ce leur est une faculté commune, bien que certaines créatures aient plus de capacité. Tolkien insiste sur le rôle de la volonté dans la transmission de pensée. Si une âme se ferme aux autres, rien ne peut outrepasser sa volonté. Cela est vrai, y compris d’Eru. Les êtres incarnés (et Tolkien parle au passage de l’effet du hroä sur les Valar), en raison de leur corporéité, doivent faire un effort pour transmettre leur pensée. Tolkien en développe alors trois types : l’affinité, l’urgence et l’autorité. L’affinité ou parenté a fait que Melkor a pu lire les pensées de Manwë par exemple. L’usage de la parole a fait que l’exercice de la transmission de pensée fut négligé et s’est réduit aux cas d’urgence, comme la peur par exemple. Or, puisque les âmes des Valar font peur aux autres âmes, Melkor sut qu’il pouvait dominer par la peur. Les âmes pouvant cependant se fermer, il utilisa donc la langue et feignant l’amitié, il “ força ” ainsi les âmes à lui obéir puisqu’elles n'étaient alors pas fermées.

          On aura compris l’importance de ce texte. Son apport est triple. 1) Il semble prendre parti pour ce que l’on nomme, en philosophie et en théologie, l’univocité. Le processus de la transmission de pensée vaut pour tous les êtres, Eru y compris. La seule différence entre Eru et les créatures est qu’il n’est pas corporel. Car, 2) Pengolodh explique (n. 5 pp. 30-31) que les Valar ont un rapport de plus en plus étroit à leur forme corporelle à mesure que passe le temps et qu’ils s’en servent. 3) Étant donné la distinction entre transmission de pensée et usage de la langue, peut-on dire que Tolkien considérait, comme Descartes, que l’on peut penser sans structure langagière ?

Michaël Devaux,
Novembre 2000


© La Compagnie de la Comté