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Compte rendu de
Roverandom
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TOLKIEN (J.R.R.), Roverandom, edited by Christina Scull [and]
Wayne G. Hammond, London, HarperCollins Publishers, 1998, xxii-106 p ;
traduit de l’anglais par Jacques Georgel, Paris, Christian Bourgois éditeur,
1999, 137 p. (abrégés respectivement VO et VF).
Déjà connus des fans de Tolkien notamment pour leur
ouvrage Tolkien, Artiste & Illustrateur1,
Hammond & Scull nous proposent Roverandom, l’un des premiers écrits
de Tolkien puisque les premières idées datent de 1925. Paru en
France (1999) peu après la version anglaise très tardive (1998),
Roverandom est un conte pour enfants plein de magie et d’aventures.
Le travail d’Hammond & Scull est remarquable sur plus d’un point.
Plutôt que de livrer le texte sèchement, Hammond & Scull nous
font profiter de leurs connaissances dans une longue introduction (pp. 9-242)
et une longue série de notes. L’introduction restitue, grâce à
force éléments biographiques notamment, un luxe de détails
quant aux circonstances d’écriture de ce conte et aux événements
vécus par Tolkien qui prendront corps dans son texte. Événements
météorologiques comme par exemple la tempête qu’essuyèrent
les Tolkien en septembre 1925 qui trouvera un écho dans les mouvements
d’un gigantesque serpent de mer. C’est que durant l’été 1925,
la famille Tolkien est en vacances à Filey, petite ville de la côte
anglaise. A cette époque, Michael (1920-1984), second fils de J.R.R.
Tolkien, avait 5 ans et comme tout enfant de son âge était fortement
attaché à un jouet particulier, en l’occurrence un chien miniature
de plomb. Or, voilà qu’au cours d’une promenade sur la plage, Michael
le perd. Les recherches de son père et de son frère John furent
vaines et Michael en fut fort affecté. Par épisodes, Tolkien entreprit
alors d’écrire ce qui allait devenir Roverandom. Tolkien raconta
l’histoire presque achevée à ses enfants au cours d’une nuit de
tempête. Il essayait alors de consoler une nouvelle fois son fils (mais
aussi de rassurer sa famille inquiète par ce déchaînement
des éléments) en lui contant les aventures d’un chien maintenant
esseulé. Ce n’est qu’en 1927 que Tolkien couchera par écrit l’histoire
de Rover. Avant cela il y eut, comme dans tous les travaux de Tolkien, des versions
préparatoires à la version finale. Hammond & Scull ont compté
cinq versions, dont les variantes les plus notoires sont soulignées dans
l’introduction. L’ouvrage fut refusé en 1937 par Allen & Unwin, la
préférence de l’éditeur allant à l’époque
à la suite du Hobbit que l’on connaît. En dernier lieu,
Hammond & Scull reviennent sur les illustrations que fera Tolkien de son
histoire. C’est d’ailleurs en travaillant pour Artist &Illustrator
qu’ils eurent pour la première fois accès au texte de Roverandom.
On remarquera, plus qu’une autre, celle intitulée « The
White Dragon pursuits Roverandom & the Moondog, Le Dragon Blanc
poursuit Roverandom et le Lunechien » (en regard de la page 49).
La représentation du Dragon est en effet très proche de celle
de la carte de Thror dans le Hobbit. Dans une autre, « Lunar
Landscape, Paysage Lunaire » (face à la page 80), apparaissent
quelques caractères qui ne peuvent pas ne pas faire penser aux Tengwar3.
Les notes, elles aussi, tiennent plus que leur rôle et apportent une quantité
impressionnante d’informations. Nous trouvons par exemple les références
des illustrations de Roverandom à la Bodleian Library ou des précisions
sur les us et coutumes des Britanniques qu’un lecteur étranger ne peut
forcément connaître. Certains contes présentant de lointaines
similitudes avec Roverandom sont mentionnés, de même que
les emprunts à la mythologie nordique, etc.
L’histoire, pour le dire vite, conte donc les péripéties
de Rover, qui eut la maladresse d’irriter un mage irascible (car tout comme
un autre mage célèbre, celui-ci est « prompt à
la colère »). En effet, après s’être bêtement
aiguisé les crocs dans le pantalon (et le mollet) du mage, il se verra
pour cela transformé en jouet puis finalement perdu par un enfant sur
une plage. Au fil de l’histoire, Rover fera connaissance d’un « sablesorcier »
et vivra quantité d’aventures sur la lune et sous la mer pour finalement
retrouver son foyer, une fois redevenu véritable chien. En chemin, il
rencontrera l’Homme de la Lune, qui intervient sporadiquement dans les autres
textes féeriques de Tolkien. Roverandom se se fait aussi l’écho
du Monde développé par Tolkien dans The Book of Lost Tales
(cf. infra ce qui concerne l’Olorë Mallë). Outre
la qualité de l’histoire que l’on pourra lire, nous remarquerons encore
les similitudes de style entre ce conte et le futur Hobbit. Pour l’illustrer,
Hammond & Scull rapprochent le vol à dos d’aigle de Bilbo et ses
compagnons et celui de Rover et du Goéland. La baleine Uin apparaît,
elle aussi, dans l’un et l’autre de ces ouvrages. Nous trouvons ici les prémisses
du Légendaire de Tolkien…
Si nous nous intéressons davantage à la version française
de Roverandom, nous nous voyons à nouveau confrontés aux
problèmes de traduction qui émaillent les ouvrages de Tolkien
en français, que ce soit par des approximations et imprécisions
voire, pire, des oublis et contresens. Ce ne semble d’ailleurs pas être
une question de personnes car les travaux des différents traducteurs
de Tolkien connaissent les mêmes soucis. Malheureusement, Roverandom
ne déroge pas à la règle. Une fois de plus, lorsque nous
voulons étudier un point précis de la version française
pour appuyer nos dires, il vaudra mieux vérifier le terme anglais d’origine…
Cela commence dès l’introduction et a de quoi choquer. Un des termes
Quenya, « Olórë Mallë »
pour « Chemin des Rêves », apparaît dès
l’introduction (VO, p. xviii). Comme tout vocabulaire d’une langue étrangère,
celui-ci doit être restitué tel quel ou traduit. Or, ce que nous
lisons dans la version française est « Olore Molle »
(sic ; VF, p. 20). Qui plus est, alors que nous avons « Chemin
des Rêves » en introduction, p. 20, nous lisons « Sentier
des Rêves » en note 48, p. 128. A cette occasion, M. Georgel
ne suit pas la traduction d’Adam Tolkien (« Chemin des Rêves ») du
Livre des Contes Perdus4
mais en propose une autre de son cru. J. Georgel a dû perdre son latin
à ce moment et les raisons d’une telle erreur restent incompréhensibles.
Autre exemple de l’introduction où M. Georgel évoque « le
serpent Midgard », p. 18 (VO, p. xvii, « … to the Midgard
serpent … »). Or, Midgard n’est pas le nom du serpent comme semble
le penser M. Georgel mais le monde où celui-ci vit. En réalité,
Tolkien évoque là Jormungand, le serpent cosmique issu de la mythologie
nordique qui déclenchera un gigantesque raz-de-marée lors du Ragnarök
(le combat des Dieux qui marque la fin du Monde)5.
Cette subtilité a manifestement échappé à M. Georgel.
Le texte lui-même n’est pas exempt d’erreurs, loin s’en faut.
Dans la VO p. 43, nous lisons « No ! Daddy-long-beard ! ».
La traduction donne « Vrai, Sylvebarbe ». De toute évidence,
nous voyons là que M. Georgel a lu la traduction française du
Seigneur des Anneaux. Nous ne pouvons que l’en féliciter mais où
est la cohérence avec le texte original ? Si le LuneHomme a effectivement
une longue barbe, il n’a rien des attributs sylvestres du célèbre
personnage du Seigneur des Anneaux. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.
Il nous restent maintenant les notes. Alors que la première
note pour la page 25 (VO, p. 95) donne une référence précise
(« The Book of Lost Tales, Part One, p. 216) pour expliciter
le passage qui a suscité la note (« The moon was just passing
under the world » ; d’ailleurs les traductions du texte et de la note
diffèrent…), la version française reste vague. Nous avons donc
en note 25 (p. 124) : « Voir Le Livre des contes perdus,
1ère partie : " La Lune voyage encore sous le monde.
" ». Charge à nous maintenant de retrouver, à
la place de M. Georgel, la référence précise dans cet ouvrage.
Il s’agit d’un passage qui trouve sa traduction en page 285 du premier volume
du Livre des contes perdus. Mais hélas, n’y apparaît à
aucun moment la phrase « La Lune voyage encore sous le monde. »
mais plutôt « Ilinsor6
voyage toujours par-dessous le monde ». M. Georgel a-t-il prêté
attention à la traduction d’Adam Tolkien ?
Nous disions plus haut qu’il avait eu en revanche la bonne idée
de lire Le Seigneur des Anneaux. Malheureusement, cela semble ne lui
avoir laissé que peu de souvenirs. Dans la note 30 (p. 125), il est fait
référence aux arbres de l’espèce du mallorn que
l’on trouve dans la région de la Lothlórien (voir Le Seigneur
des Anneaux, II, 6). M. Georgel utilise un artifice peu convaincant du fait
de son embarras pour traduire ce que sont les mellyrn. Nous retrouvons
donc « mallorn trees » dans la version française !
Cette fois-ci par contre, une référence précise nous est
donnée : « Car en automne leurs feuilles ne tombent pas
mais se muent en or » (p. 366 de l’édition du centenaire,
C. Bourgois éditeur, 1992). L’intention est louable mais il n’existe
qu’une seule traduction publiée du Seigneur des Anneaux et l’extrait
donné ici est inexact ! Ce que nous lisons en réalité
à cette page est « Car, en automne, leurs feuilles ne tombent
point, mais se muent en or ». Une fois encore, M. Georgel a lu rapidement
le travail de ses collègues traducteurs. Cela entache une fois de plus
le sérieux de l’édition française. Enfin, nous sommes au
regret de dire que M. Georgel n’est pas même cohérent avec sa propre
traduction. Comment interpréter sinon deux traductions divergentes d’une
même phrase ? A titre d’exemple, la page 11 de l’introduction donne une
traduction (« Quand il déroula une boucle ou deux dans son
sommeil, la mer se souleva, secoua les maisons des humains et les fit se courber,
enfin gâcha leur sommeil sur des milles et des milles ») qui
ne correspond pas vraiment (c’est peu de le dire) à celle donnée
en p. 103 : « Quand il arrive au serpent, dans son sommeil, de dérouler
une boucle ou deux, la houle se soulève, secouant et pliant les maisons,
troublant le repos de leurs habitants à des kilomètres alentour »7.
Bref, nous le voyons, les exemples se multiplient, au grand détriment
des lecteurs. Bien entendu, nous sommes toujours ravis de pouvoir lire une œuvre
de Tolkien traduite car il n’est pas toujours aisé pour chacun d’entre
nous de maîtriser la langue de Shakespeare. Notre plaisir est cependant
gâché par ce genre d’ « imperfections »
malheureusement nombreuses.
Nous terminerons ce compte-rendu par une question subsidiaire :
pouvez-vous expliquer pourquoi certaines notes n’apparaissent pas dans la version
française ?
Cédric FOCKEU,
Octobre 2000.
INDEX
Nous le disions, l’ouvrage est riche de notes,
celles-ci ont donc dues être repoussées en fin d’ouvrage pour plus
de lisibilité. Au cours de la rédaction de ce compte rendu, il
nous aurait été utile de pouvoir connaître rapidement, à
partir des notes, la page où l’appel à cette note est réalisé.
Nous avons donc construit cet index. Nous vous
le livrons en espérant qu’il vous sera aussi utile qu’à nous.
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49 49 50 51 52 52 53 54 54 56 57 57 58 58 58 59 59 60 60 61 61 65 |
45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 |
65 65 67 70 70 71 76 77 77 77 77 77 78 78 78 82 83 87 88 90 90 91 |
67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 |
92 93 97 97 98 101 101 102 103 104 104 104 105 105 106 109 111 115 115 116 |